Jalousie, rancœur ? JDCJDR

Ce papier de Médiapart m’a fait l’effet d’un drôle de règlement de compte, aussi, avant qu’il ne passe aux oubliettes, je le publie intégralement, j’ai juste surligné les points importants :

Quand Valls, Cambadélis et DSK font la fête avec des journalistes !

17 octobre 2014 |  Par Laurent Mauduit

Il y a des petites scènes de la vie mondaine et parisienne qui en disent beaucoup plus long qu’une grande enquête sur l’état de la vie publique française. Ou sur l’état de la gauche. Ou encore sur l’état de la presse. L’anniversaire samedi dernier de la communicante Anne Hommel, que ma consœur Ariane Chemin a méticuleusement relaté en début de semaine dans les colonnes du Monde, en est une formidable illustration. Si j’y reviens, c’est parce que j’ai découvert quelques détails complémentaires, qui donnent encore un peu plus de relief à cette joyeuse assemblée. Et à ce qu’elle révèle.

Ainsi donc, Anne Hommel célébrait à Paris samedi 11 octobre son 47ème anniversaire, en présence de tous ses amis. Evénement microscopique, sauf que l’intéressée a été, depuis des années, la communicante de nombreux hiérarques du Parti socialiste, tous de la même sensibilité sinon du même clan. Assistante de Jean-Christophe Cambadélis du tempsil était encore militant trotskiste à l’OCI, elle l’a suivi au Parti socialiste. Avec l’agence Euro-RSCG (rebaptisée Havas) pour port d’attache, elle a, par la suite, géré la communication de crise de Dominique Strauss-Kahn, quand il a été emporté dans la tourmente glauque de l’affaire du Sofitel de New-York. Et c’est encore elle qui a prodigué ses précieux conseils en communication à Jérôme Cahuzac, après que Mediapart eut révélé que l’ancien ministre du budget disposait d’un compte secret en Suisse. En bref, la communicante est de très longue date celle qui défend, bec et ongles, toutes les figures connues du clan Strauss-Kahn. Avec vigueur et sans trop de scrupule, puisque c’est à elle que l’on doit ce cri du cœur, lâché au plus fort du scandale Cahuzac : « La vérité, ce n’est pas mon sujet ! »

La soirée d’anniversaire a donc constitué un petit événement. D’autant que, depuis que Dominique Strauss-Kahn a été emporté dans la cascade de ses sulfureuses affaires, même ses plus proches amis n’osaient plus trop s’afficher avec lui. Or, pour l’occasion, ces prudences sont visiblement tombées. Autour d’Anne Hommel, il y avait donc, rassemblés pour la soirée, Dominique Strauss-Kahn, et ses deux anciens lieutenants, qui dans l’intervalle ont pris du galon : Jean-Christophe Cambadélis et Jean-Marie Le Guen. Selon Le Monde – et c’est en cela que la soirée ne relève en rien de l’anecdote– Manuel Valls figurait aussi parmi les convives. Lequel Manuel Valls a longtemps défendu publiquement Dominique Strauss-Kahn et a souvent dit, lors des primaires socialistes de 2011, qu’il n’aurait jamais eu l’idée de s’y présenter si l’ancien patron du FMI avait encore été en position de le faire lui-même.

Dans son récit, Ariane Chemin souligne donc l’importance de l’événement, en observant à juste titre que d’un seul coup Dominique Strauss-Kahn a cessé d’être persona non grata puisqu’il y a deux ans le même Manuel Valls « avait quitté le bar où M. Dray soufflait ses bougies dès que « Dominique » y avait fait son entrée. ». « S’agit-il de la première étape d’une opération de communication avant le procès ? Du 2 au 20 février 2015, l’ancien patron du FMI doit répondre devant le tribunal correctionnel de Lille, avec douze autres personnes, du chef de « proxénétisme aggravé en réunion » – dossier dans lequel une demi-douzaine de journalistes de Libération, de L’Express, du Figaro et du Monde sont mis en examen pour « recel de violation du secret de l’instruction ». Que de relais d’opinion en tout cas dans cette fête privée ! », raconte Le Monde.

Dans tous les cas de figure, la soirée a un petit côté reconstitution de ligue dissoute. Que l’on me pardonne ! Dans cette péripétie, je ne peux donc m’empêcher d’y voir la confirmation de ce que j’ai chroniqué dans mon livre « A tous ceux qui ne se résignent pas à la débâcle qui vient » (Editions Don Quichotte) : grâce à François Hollande, c’est en quelque sorte la « génération Mnef », prudemment tenue à l’écart des premiers rôles de la vie publique par Lionel Jospin, qui est désormais aux commandes. Arrivé bon dernier des primaires socialistes avec moins de 6% des voix, Manuel Valls a été propulsé à Matignon ; grâce à une révolution de Palais, Jean-Christophe, lui, a été installé à la tête du PS ; quant à Jean-Marie Le Guen, il est devenu miraculeusement secrétaire d’Etat en charge des relations du Parlement. En bref, François Hollande a donné les clefs du gouvernement, celles du parti et celles qui assurent la tutelle sur le Parlement aux chefs du clan strauss-kahnien qui tôt ou tard, et sans doute plus tôt que tard, se retourneront contre lui pour le pousser définitivement dans le précipice.

Dans la petite fête parisienne autour d’Anne Hommel, il y a donc comme un sentiment d’impunité qui transpire. Toute cette petite bande ne pouvait pas s’afficher en public, jusqu’à une époque récente ; désormais au pouvoir, la voilà qui n’éprouve plus la moindre gène à se montrer tous ensemble. Et à battre le rappel, pour que leurs festivités ne se passent pas dans l’intimité.

Car, selon le récit du quotidien, il y avait du beau monde, à ces agapes, qui n’avaient décidément rien de privé. Pêle-mêle, il y avait Jean Veil, l’avocat de « DSK » et d’une bonne partie du CAC 40 ou encore Brice Teinturier, de l’institut de sondage Ipsos. La liste des invités connus est même plus large que ce que Le Monde a révélé : par exemple, l’ancien et fidèle collaborateur de Nicolas Sarkozy en charge de sa communication, Franck Louvrier, était aussi de la fête. Comme quoi dans le petit monde de la « strauss-kahnie », on a les amitiés très larges et sans rivage à droite.

Mais il y avait aussi – et c’est en cela aussi que le petit « pince-fesse » est très révélateur– de nombreux journalistes ou gens de presse, dont aucun n’a jugé utile de raconter l’événement. Comme si la participation du premier ministre à une fête à laquelle assiste également l’ancien patron du FMI, qui va devoir répondre devant la justice des charges de « proxénétisme aggravé en réunion » était un évènement parfaitement anodin et surtout totalement privé. Ben voyons !

A tous ceux qui étaient de la fête, j’ai donc voulu poser mes questions : mais qui vous a donc invité ? Pourquoi n’avez-vous pas raconté la scène ? Et pourquoi a-t-il fallu que ce soit une journaliste non invitée qui, faisant son métier, parvienne après coup à la révéler et à la reconstituer ? Peine perdue ! Avant même que le dialogue ne puisse s’engager, je me suis à chaque fois heurté à un mur : pas question de parler ! C’était tout bonnement un événement privé. Circulez! Il n’y a rien à raconter…

J’ai par exemple posé la question à Jean-François Achilli, qui conduit depuis la fin de l’été, le grand entretien politique du matin sur France Info. Mais il a vite écourté la conversation téléphonique, me disant qu’il refusait de me donner le moindre détail sur la soirée, parce que « Anne est une très vielle amie ». De moi-même, j’ai bien sûr traduit : c’est d’Anne Hommel dont il me parlait. Et notre conversation s’est arrêtée là.

Pour dire vrai, si notre échange fut donc très bref – pas même une trentaine de secondes-, je ne m’attendais pas qu’il fut aussi sincère. Car effectivement, les liens d’amitiés entre Anne Hommel et Jean-François Achilli sont de notoriété publique. C’est même cela, en fin de compte, qui a conduit à la brutale éviction du directeur de la rédaction de la radio RMC,  dans le creux de l’été de 2013.

Comme on s’en souvient, c’est en effet ce journaliste qui avait réalisé sur BFM-TV, autre chaîne du groupe NextRadioTV, l’entretien de repentir, le 16 avril 2013, avec Jérôme Cahuzac.

Cet entretien avait été très controversé, pour des raisons que toute la presse avait racontées. Voici par exemple le récit qu’en avait fait L’Express à l’époque :  « C’est bien la communicante de chez HavsWorlwide, Anne Hommel déjà instigatrice du repentir public de Dominique Strauss-Kahn qui avait choisi les conditions de l’entretien. Elle avait écarté Jean-Jacques Bourdin, trouvant inapproprié de mener une opération de mea culpa, avec le journaliste à qui Cahuzac avait juré « yeux dans les yeux » ne pas posséder de compte à l’étranger. »

Très en colère contre cet entretien, qui avait été préparé dans le plus grand secret, à l’insu de la rédaction, l’interviewer vedette de RMC, Jean-Jacques Bourdin avait même précisé, de son côté, que son confrère s’était fait imposer « la date, la durée et l’heure de l’interview ».

Il faut croire, pourtant, que la traversée du désert de Jean-François Achilli n’a pas été trop longue. Prenant la place de l’excellent journaliste Jean Leymarie, il officie donc désormais au micro de France Info, pour interroger chaque matin tous les hommes politiques qui comptent – à commencer par Jean-Christophe Cambadélis.

Outre Jean-Pierre Elkabbach, grand habitué du mélange des genres, il y avait aussi une autre journaliste inattendue, en la personne d’Elisabeth Lévy, qui a en horreur le journalisme d’investigation pratiqué par la presse de qualité et qui voue perpétuellement Mediapart aux gémonies pour avoir conduit les grandes enquêtes sur l’affaire Bettencourt ou sur l’affaire Cahuzac.

Interrogée par mes soins, elle aussi a admis être de la fête, tout en jugeant ma curiosité totalement déplacée – comme le sont pour elles le plus souvent toutes les curiosités des journalistes sur les questions d’intérêt public. En retour à mes questions, j’ai donc reçu cette réponse furibarde : «  J’avoue ! J’appartiens en effet à la conjuration hommeliste (ou hommelienne ? ) et j’ai donc bien participé à la réunion secrète du 11 octobre – ce qui vous permettra d’alourdir simultanément mon dossier et celui de notre hôtesse. Il y avait aussi John-Fitzgerald Kennedy, Elvis et Khadafi. J’avoue cependant que ce qui m’a le plus bluffée, c’est le couple Zemmour-Trierweiler.  Je m’étonne néanmoins que vous m’interrogiez sur une soirée privée et amicale. Tout d’abord, jusque-là, Mediapart ne faisait pas, me semble-t-il, dans le people, mais passons. La présence de personnalités politiques ou de journalistes vous autorise-t-elle à prendre de telles libertés avec le droit à l’intimité ? Je suppose que vous-même n’avez que des amis parfaitement anonymes et appartenant tous à votre camp idéologique, mais prenons une supposition totalement fantaisiste : si Dominique de Villepin était invité à l’anniversaire d’Edwy Plenel, ce fait serait-il une information ? Du reste, quelle déduction pouvez-vous tirer de ce que des gens soient amis ? Cela signifie-t-il qu’ils partagent les mêmes opinions ? En quoi la présence du Premier ministre et d’autres à cette soirée a-t-elle un sens pour le public ? Je crois pour ma part que le droit à la vie privée est l’une des plus précieuses conquêtes de la modernité. Mais peut-être que, pendant que j’avais la tête ailleurs, le Parlement a voté l’instauration d’un délit d’amitié. Je précise que, malgré nos très légères divergences, et peut-être même à cause d’elles, je répondrais volontiers à Mediapart sur le secret des sources, la présomption d’innocence ou le retour des années 30. Mais pour la délation, vous devriez tenter un majordome. »

N’en déplaise à Elisabeth Lévy, j’aurais bien aimé argumenter. Faire valoir par exemple à la fondatrice de Causeur que mon confrère Edwy Plenel déteste les anniversaires, et surtout le sien, et à l’habitude de ne (presque) jamais le commémorer. Et, dans tous les cas, avec sa seule famille élargie aux amitiés patrimoniales. Mais comme l’échange a eu lieu par mail, nous en sommes restés là.

Quoiqu’il en soit,  il y avait encore d’autres personnalités de la presse parisienne qui avaient répondu à l’invitation d’Anne Hommel. Les journalistes du Monde – en tout cas ceux qui se souviennent encore des valeurs d’indépendance défendues en d’autres temps par Hubert Beuve-Méry – auront eu le désagrément d’apprendre dans les colonnes même de leur journal que leur propre patron, Louis Dreyfus, qui est par ailleurs le président du conseil d’administration de l’Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille, participait également aux agapes, de même qu’Anne Sinclair, qui n’a visiblement pas pris ombrage que son ex, DSK, soit également là.

Ainsi va la presse parisienne. Vie professionnelle et vie mondaine: tout s’entremêle. Pour célébrer les 90 ans de l’ESJ, Louis Dreyfus et Anne Sinclair étaient tous deux à Lille le vendredi soir ; et les voilà de nouveau tous les deux à une soirée privée le lendemain.

Etrange mélange des genres ? A la manière d’Elisabeth Lévy, Jean-Christophe Cambadélis s’est appliqué à faire croire que ce qu’il y avait de choquant n’était pas cette porosité entre hiérarques politiques et hiérarques de la presse, cette consanguinité même pas cachée entre des politiques et quelques journalistes, mais bien plutôt la publicité qui pouvait être faite autour de ces relations de connivence. N’appréciant visiblement la presse que lorsqu’elle est docile et recopie sans barguigner des communiqués aseptisés, il a très vivement et nommément pris à partie la journaliste du Monde. Invité mercredi 15 octobre de La Chaîne parlementaire, il a nommément dénoncé le travail de la journaliste Ariane Chemin, estimant que son compte rendu de la soirée d’anniversaire était « odieux ». C’est à visionner sur la vidéo ci-dessous à partir de 34’30’’ :

http://www.dailymotion.com/video/x27z2tg_questions-d-info-jean-christophe-cambadelis-depute-de-paris-premier-secretaire-du-parti-socialiste_school

Questions d’info : Jean-Christophe Cambadélis by LCP

« Je suis extrêmement sévère par rapport à cela. Je n’ai pas assisté à l’anniversaire de Dominique Strauss-Kahn mais à l’anniversaire d’Anne Hommel. Et je trouve assez odieux d’utiliser cette fête pour régler des comptes dans la presse, parce que c’est de ça qu’il s’agit. (…) Je ne vais pas aller plus loin, mais franchement qu’est ce que ça apporte ? », s’est emporté le premier secrétaire du PS, profitant de ce que les journalistes présents sur le plateau ne défendent que très mollement le travail d’information de leur consœur.

Mais qu’importe ! Si ce n’est pas un bien partagé, il est des journalistes qui gardent une idée digne de leur métier. Ma consœur du Monde fait incontestablement partie du lot. Le mot de la fin, je le lui laisse donc, car elle parle d’or : « Tout juste revenue de Lille, où elle célébrait les 90 ans de l’Ecole supérieure de journalisme en invitant à « se méfier des connivences », la directrice éditoriale du Huffington Post, Anne Sinclair, avait aussi tenu à fêter l’anniversaire de son amie (…) Mais les stars se sont effacées et les conversations suspendues quand la vedette de la soirée, Manuel Valls, a fait son entrée. « C’était comme dans la salle des Quatre-Colonnes » à l’Assemblée, raconte un convive lui-même sidéré par le mélange des genres, « les journalistes se sont pressés pour l’entourer ». Et écouter le premier ministre se désoler de « la crise des élites » qui abîme la France d’aujourd’hui. »

Source : Médiapart – Laurent Mauduit

NB : Pour ma part, NO COMMENT, juste un grand éclat de rire !!

Le 17 octobre 2014

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